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L'ermite


La rencontre de l'ermite

- Tourne-nous sur la gauche, le courant nous a fait dériver.

- Ouais.

Avec une embarcation des plus modestes, nous nous sommes engagés sur la rivière Ashuapmouchouan en direction de l'autre rive. Ce serait l'obscurité totale mais la lune presqu'entière nous offre une faible clarté. En regardant celle-ci, je suis tout émerveillé à la pensée qu'à ce moment précis, des hommes y foulent le sol pourla première fois.*

C'est mon compagnon Claude qui avironne à l'avant et moi à l'arrière. Nous nous sommes enfin décidé à nous rendre enfin chez cet étrange ermite qui habite sur l'autre rive.

- Dirige-nous sur cette lumière qu'il y a là-bas, lance mon compagnon.

- Ouais.

Pour atteindre notre objectif, non seulement nous devons traverser surl'autre rive, mais il nous faut remonter le courant qui est assez rapide à cet endroit. Heureusement il n'y a pas de vent.

Nous entendons des chiens aboyer. Il y en a deux sans doute, les aboiements sont différents. Nous profitons de ceux-ci pour nous orienter. La traversée est difficile et longue, nous n'avons que deux planchettes pour avirons. On y est presque, une voix se fait entendre:

- Ça rame pas vite!

- Ce doit être l'ermite dis-je à mon compagnon.

- Ouais, on va aborder.

Il y a une lumière sur le rivage. En approchant, on aperçoit notre ermite, un sexagénaire de taille moyenne, avec une longue barbe blanche. Il porte de vieux vêtements rapiécés et un chapeau déformé.

Il paraît étonné de nous voir à une heure aussi tardive, mais cela ne semble le déranger outre mesure. Au contraire je devine qu'il apprécie notre visite.

- Bonjour, bonjour! crie-t-il d'un ton accueillant.

- Bonsoir! nous lui répondons. Il nous paraît plus juste de répondre ainsi, la nuit étant passablement avancée.

- Montez vous chauffer.

Voilà une expression qui nous fait sourire tous les deux. Je suppose qu'il a dit montez parce que son habitation est située en haut d'un écart (terme qu'il utilise souvent pour désigner la rive sur-élevée et abrupte de la rivière). Et pource qui est de se chauffer, je n'en vois pas l'utilité par ces chaudes nuits de juillet. À la lueur d'un fanal, nous suivons un sentier en gravissant une côte à pic puis nous arrivons à son logis.

Son campIl habite un camp en bois rond à demi enfoncé dans le sol. Un camp rustique qui doit dater de plusieurs années puisque les poutres sont passablement pourries.

Il nous invite à entrer. Sur la droite nous apercevons une chose nouvelle pour moi: un poêle à deux ponts qu'utilisaient nos ancêtres. Il est usé par le temps, il est rafistoléavec du fil de fer. Arthur (c'est le prénom de notre ermite) avait raison de nous inviter à se chauffer, son poêle dégage une bonne chaleur à odeur d'épinette. C'est pour tuer l'humidité de la nuit, nous explique-t-il.

Arthur loge dans un camp à une seule pièce. Cette pièce est à la fois la cuisine, la chambre à coucher, le salon, et pour toilette, une chaudière en hiver seulement. Les autres saisons,il va dehors.

Dans cette grande pièce on remarque principalement une longue table au centre, c'est là que sont regroupés les principaux accessoires qu'Arthur utilise fréquemment: cigarettes, café, chaudière d'eau potable, quelques aliments à grignoter, radio à transistors, etc.

À quelques pieds sur la droite, sont alignés deux demi-lits de style ancien et séparés par une table de nuit artisanale et recouverte de vieilles photos, crucifix, réveil-matin qui semblene pas fonctionner, etc. À l'extrème gauche, une antique huche à pain, une immense valise qui ressemble plutôt à un coffre, et une berceuse.

Enfin à gauche en entrant, un évier sans eau courante avec un comptoir de cuisine qui semble ne plus ètre utilisé depuis longtemps. D'ailleurs il est tout de travers puisqu'il doit subir les dérangements de la bâtisse au fil des années par la pourriture des poutres au sol.

En guise d'éclairage, une lampe à l'huile de charbon située au centre de la table nous procure une faible lumière à peine suffisante pour reconnaître nos visages. Il y deux autre lampes aux extrémités du camp, mais elles sont éteintes.

Après s'être installé dans sa berceuse, Arthur commence à nous causer. Il ne nous a même pas demandé notre identité ni d'où nous venons. C'est comme s'il nous connaît déjà ou qu'il croit inutile de nous connaître. Alors je décide de l'interroger:

- Vous habitez ici depuis longtemps?

- Trente-cinq ans.

Et il nous raconte de longues histoires sur la colonisation, la drave,etc.

*Neil Armstrong faisait le premier pas sur la lune le 20 juillet 1969

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© Alain Mailhot 1998-2011 - Copyright Dépôt #00033334